Prothèse de genou sur mesure ORIGIN® : de quoi parle-t-on vraiment ?
Quand on évoque une « prothèse de genou sur mesure », on imagine souvent une pièce unique, taillée entièrement pour un seul patient. En réalité, plusieurs technologies se cachent derrière ce terme, et il est utile de les distinguer avant de comprendre ce qu’apporte spécifiquement la prothèse ORIGIN®, développée par le fabricant suisse Symbios.
Etat actuel de la personnalisation d’un prothèse de genou :
Les implants standards : fabriqués en série, disponibles en plusieurs tailles, ils sont choisis par le chirurgien au bloc opératoire parmi une gamme fixe. La mise en place de ces implants standards peut-être faite de différentes manières.
- Classique : à l’aide d’un ancillaire mécanique, c’est la technique la plus ancienne, basée sur une radiographie pré-opératoire.
- Les guides de coupe personnalisés : réalisés à partir d’un scanner du patient, ils aident le chirurgien à reproduire une planification préopératoire précise, mais l’implant lui-même reste standard.
- Chirurgie robotique : réalise un planning opératoire en fonction d’un scanner du patient, et permet d’optimiser la mise en place d’une prothèse standard, en améliorant la précision des coupes osseuses et le réglage de la tension ligamentaire.
Les implants réellement sur mesure, ou « customisés » : conçus et fabriqués spécifiquement pour l’anatomie de chaque patient. C’est cette dernière catégorie qui correspond à la prothèse ORIGIN®. L’implant est fabriqué à partir d’une planification par scanner, et va reproduire l’anatomie de l’articulation et son équilibre ligamentaire.
Pourquoi les prothèses standards ont des limites
Les prothèses de genou classiques existent depuis des décennies et donnent globalement de bons résultats : elles sont proposées en différentes tailles de fémur et de tibia, ce qui permet au chirurgien d’adapter au mieux la taille au genou du patient le jour de l’intervention. Plus de 50 000 prothèses de genou sont posées chaque année en France, avec un taux de satisfaction avoisinant les 85 %.
Mais ces implants restent construits sur une forme moyenne, alors que l’anatomie du genou varie fortement d’une personne à l’autre. Des travaux scientifiques ont mis en évidence de nombreux « phénotypes » de genoux sains, avec des différences d’orientation de l’interligne articulaire selon les individus, et même selon le sexe. C’est ce constat qui a motivé le développement d’une approche véritablement individualisée.
Le principe de la prothèse ORIGIN®
Développée par Symbios, société suisse pionnière dans les implants orthopédiques sur mesure depuis 1989, la prothèse ORIGIN® repose sur un travail conjoint entre le chirurgien et un ingénieur biomédical, en trois grandes étapes :
1. Le scanner et la planification 3D. Un scanner du genou selon un protocole spécifique permet de mesurer précisément les angles articulaires et de déterminer le phénotype du genou. Le logiciel KNEE-PLAN®, développé par Symbios depuis 2010, modélise ensuite le genou en trois dimensions à partir de ces données, dans le but de reconstituer la morphologie du genou telle qu’elle était avant l’usure liée à l’arthrose.
2. Les guides de coupe sur mesure. À partir de cette planification, des guides sont fabriqués spécifiquement pour le patient. Le jour de l’opération, ils permettent au chirurgien de reproduire fidèlement les coupes osseuses prévues. Une étude publiée en 2014 a montré, sur la base d’un contrôle scanner postopératoire, que ces guides constituaient une alternative fiable aux guides conventionnels et à la chirurgie assistée par ordinateur.
3. La fabrication de l’implant lui-même. Depuis 2018, Symbios va plus loin en fabriquant, pour chaque patient, un implant fémoral et tibial individualisé, conçu pour épouser précisément le contour osseux et restaurer l’alignement du membre inférieur tel qu’il existait avant l’arthrose. Plus de 10 000 prothèses ORIGIN® avaient été posées dès 2022, et le dispositif est aujourd’hui décliné en versions postéro-stabilisée (PS) et à conservation du ligament croisé postérieur (CR).
Que disent les études ?
Les données disponibles doivent être présentées avec nuance. Plusieurs revues de la littérature n’ont pas retrouvé, à ce jour, de supériorité systématique des prothèses sur mesure par rapport à des prothèses standards bien posées, que ce soit en matière de douleur, de fonction ou de satisfaction globale.
Des publications plus spécifiques à la prothèse ORIGIN® rapportent cependant des résultats encourageants : une étude parue en 2023 a fait état d’un taux de satisfaction de 94 % chez les patients opérés, avec un recul minimum de deux ans, et un suivi à cinq ans a confirmé un niveau de satisfaction élevé.
D’autres travaux suggèrent de meilleurs scores fonctionnels lorsque la personnalisation de l’implant est associée à un alignement lui aussi personnalisé, en comparaison d’une prothèse standard.
Les sociétés savantes rappellent toutefois un point essentiel : quel que soit le type d’implant choisi, la qualité de la planification et la rigueur du geste chirurgical restent les facteurs déterminants du résultat final.
Prise en charge et accès
Contrairement à une idée reçue, les implants sur mesure de type ORIGIN® sont pris en charge par la sécurité sociale en France, au même titre que les prothèses standards. Tous les chirurgiens orthopédiques ne pratiquent cependant pas cette technique : son utilisation nécessite une formation spécifique auprès du fabricant, ainsi qu’un délai de fabrication de plusieurs semaines après le scanner préopératoire, à anticiper avant l’intervention.
En résumé
La prothèse ORIGIN® illustre une évolution logique de la chirurgie prothétique du genou : partir de l’anatomie réelle du patient plutôt que d’une forme moyenne standardisée. Les résultats cliniques publiés sont encourageants, sans toutefois démontrer, à l’échelle de l’ensemble des études disponibles, une supériorité systématique sur les prothèses standards modernes bien posées. Le choix entre prothèse standard et prothèse sur mesure reste une décision à discuter avec son chirurgien, en fonction de l’anatomie du genou, de l’expérience du praticien avec la technique et des attentes fonctionnelles du patient.
Cet article a une visée d’information générale et ne remplace pas une consultation médicale.
Auteur : Dr Stéphane DIDELOT – Chirurgien Orthopédiste – Mis à jour le 09 juillet 2026

